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En se promenant dans la région de New Forest en Angleterre en 1892, le collectionneur de papillons S. G. Castle Russell a rencontré un si grand nombre d’insectes qu’ils formaient des nuages “si épais que je pouvais à peine voir devant moi”. À une autre occasion, il a “capturé une centaine de Thècle du chêne” en effectuant deux balayages de son filet.

Patrick Barkham, qui raconte ces manifestations de la nature dans son livre sur les papillons publié en 2010, se lamente de n’avoir jamais connu un tel spectacle. Cependant, de nouvelles recherches suggèrent que Barkham est une personne rare, car beaucoup de gens oublient, ou n’apprécient tout simplement pas, la quantité d’animaux sauvages qu’il y avait autrefois.

Pour mesurer cet effet, Lizzie Jones de l’Université Royal Holloway à Londres, a comparé les données de population depuis 1966 de 10 espèces d’oiseaux du Royaume-Uni avec la perception qu’en a le public. Plus de 900 personnes lui ont dit à quel point ils pensaient que les espèces – y compris celles en déclin comme les moineaux domestiques – étaient abondantes aujourd’hui et quand ils avaient 18 ans.

Même si, bien évidemment, les jeunes interrogés ont eu 18 ans plus récemment que les participants plus âgés, ils étaient généralement moins bons pour décrire combien il y avait d’oiseaux en plus à cet âge. “On s’attendrait à ce que les jeunes soient meilleurs”, a indiqué Jones, qui présentera vendredi l’ensemble de son travail à la conférence de la British Ecological Society à Belfast, au Royaume-Uni.

Le problème de l’oubli de l’abondance naturelle passée, ou de l’ignorance des nouvelles générations, est connu sous le nom de “syndrome de la ligne de base changeante”, une idée lancée en 1995 par Daniel Pauly de l’université de Colombie britannique au Canada, mais qui n’est que lentement confirmée par des preuves. Les photos de pêcheurs en Floride, qui, au fil des générations, posent avec la même fierté avec des prises toujours plus réduites, illustrent bien ce concept.

Selon Jones, ses travaux constituent la preuve empirique la plus concluante du syndrome de la ligne de base changeante à ce jour. Le plus grand problème, dit-elle, est que les générations actuelles sont susceptibles de considérer ce qu’elles voient autour d’elles comme tout à fait normal.

Le naturaliste Chris Packham décrit ce syndrome comme une malédiction pour la préservation de la nature. “Nous pensons tous que le monde était parfait quand nous l’avons rencontré pour la première fois, c’est-à-dire quand nous étions jeunes”. Il se souvient des tourterelles qui nichaient dans l’enceinte de son école du Hampshire en 1970, une espèce qui a depuis longtemps disparu du comté. Mais selon lui, il est important de disposer de données fiables afin de ne pas se limiter à des anecdotes aussi subjectives.

Pour Jones, s’attaquer au problème est simple : faire en sorte que les générations plus âgées décrivent comment les choses étaient dans le passé. “Tout ce que nous devons faire, c’est amener les grands-parents à parler à leurs petits-enfants des questions environnementales”, dit-elle.

“Sinon, les humains perdront leurs liens avec la faune et la flore sauvages et avec, la volonté de se soucier d’enrayer sa disparition”, ajoute-t-elle. “Si nous n’apprenons pas à connaître la nature dès notre plus jeune âge, et si nous n’allons pas la découvrir et reconnaître les espèces qui y habitent, alors [notre amnésie collective] pourrait bien s’aggraver davantage”.

 

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Article original : Adam Vaughan /newscientist.com

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