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Le Dr. Andrew Gallimore était un enfant très étrange et ce, à bien des égards. Restons-en à sa fascination pour les fantômes. Enfin, les fantômes, les vampires et les loups-garous pour être plus précis, la “sainte trinité” comme il l’appelle. Il n’en a jamais rencontré, mais il a souvent éprouvé une sensation bizarre, comme si quelque chose d’autre était là, planant sur sa gauche, hors de son champ de vision. Il était curieux, mais assouvissait sa curiosité en lisant des histoires sur toutes les créatures effrayantes qui se cachaient dans le noir.

Jusqu’à l’université, son intérêt pour l’occultisme n’était qu’un passe-temps, et il se montrait sceptique vis-à-vis de l’exploration de ce domaine. Il se souvient avoir exprimé beaucoup de cynisme lorsque sa mère a rendu visite à un voyant, déplorant qu’elle ait pu être si facilement manipulée par un imposteur. Mais elle lui a quand même parlé de ses divinations, de son passé et de son avenir :

“Et toi, petit Andrew,” lui dit sa mère, “elle dit que tu peux parler au monde des esprits.”

Le Dr. Gallimore n’est certainement pas un mystique. C’est un neurobiologiste, un chimiste, un pharmacologue – ce qui veut dire qu’il est un scientifique et un sceptique de surcroît. Il n’essaie pas nécessairement de se prouver qu’il a tort ; il essaie de prouver que nous avons tous tort. C’est parce que, sous tous ses diplômes d’études supérieures et sa grande intelligence, Gallimore est aussi un artiste et un philosophe, quelqu’un qui joue avec les mots et les idées avec la curiosité sincère de savoir de quoi le monde est réellement fait.

Le cheminement professionnel qu’il a suivi tient à une première expérience de la MDMA à l’université. Son cerveau, inondé de sérotonine, a soudain fait place à la même sensation que celle qu’il avait eue dans sa jeunesse, la sensation bizarre que quelque chose était caché à la vue de tous. Les psychédéliques lui ont permis d’accéder à une expérience très réelle, bien que très privée, qui a soulevé la question ultime pour Gallimore : quelle est la structure de la réalité ? Et comme un bon scientifique, toutes ces années plus tard, il n’a jamais été aussi incertain.

“Le fait est qu’il n’existe pas de monde réel définitif. Il n’y a rien d’objectif que nous puissions pointer du doigt et dire “c’est réel””, explique-t-il. “Votre cerveau construit constamment un modèle de la réalité qui, pour les humains, a une valeur fonctionnelle et adaptative. Ces constructions nous permettent de survivre, quoi que cela signifie, dans tout ce qui existe réellement. Que ce soit réel ou non n’a rien à voir – le cerveau ne se soucie pas de tout cela – il ne s’intéresse qu’à ce qui peut vous aider à survivre”.

De telles idées ne sont plus controversées – des penseurs et des scientifiques de premier plan, comme Elon Musk, affirment maintenant que ce n’est pas seulement possible, mais probable. Et la culture populaire est prête à accepter des théories aussi audacieuses, inspirées par des films comme Matrix qui explorent ce que serait la vie dans un monde hyperdimensionnel, un monde qui ne peut être saisi sans l’aide de la petite pilule rouge qui nous montre à quel point le terrier du lapin est profond.

Il s’avère que la petite pilule rouge n’est pas seulement un accessoire dans un film, elle existe ici même, dans la réalité consensuelle que nous habitons. Selon les recherches de Gallimore, la substance psychédélique N,N-Diméthyltryptamine, ou DMT, est notre porte d’entrée vers un autre monde ou, plus précisément, le catalyseur qui nous donne accès à l’hyper-dimensionnalité. La DMT induit de manière fiable des expériences super-sensorielles dans lesquelles les consommateurs peuvent appréhender des objets de tous les côtés à la fois, des moments que Gallimore décrit comme étant non seulement étranges, mais aussi impossibles.

“Ces expériences sont différentes des rêves car les rêves, bien que bizarres, sont construits à partir des mêmes éléments de la réalité que le cerveau utilise pour traiter les informations dans le monde éveillé”, précise-t-il. “Vous êtes toujours une créature tridimensionnelle agissant dans un monde tridimensionnel, et le cerveau traite ce monde de la même manière qu’il le fait toujours.”

“Pour comprendre l’expérience de la DMT, vous devez imaginer un changement de réalité à 100 %. Imaginez que vous êtes une personne plate, une entité bidimensionnelle vivant dans un monde tridimensionnel. Vous êtes complètement dans votre existence et vous n’avez donc aucun moyen de concevoir d’autres dimensions, aucun moyen de recevoir des informations à leur sujet – comme un carré qui ne pourrait pas comprendre un cube dans lequel il est intégré. La DMT fait en sorte que la personne plate puisse soudainement concevoir et explorer la troisième dimension, mais pour nous c’est une expérience de la quatrième, cinquième, sixième dimension… et au-delà”.

Communément appelée “molécule de dieu”, la DMT permet non seulement aux humains de faire l’expérience d’une telle omnipotence, mais elle introduit également ses consommateurs auprès d’espèce d’êtres divins, de petites créatures communément décrites comme des elfes ou des nains. Gallimore soutient que l’apparence de ces êtres est l’une des caractéristiques distinctives de la DMT, bien qu’il n’y fasse pas référence en termes aussi religieux.

“Je les appelle des aliens”, indique-t-il. “On ne peut pas déduire ce qu’ils sont – qu’ils soient divins, infernaux, qu’ils soient des farceurs ou des guides spirituels – dans différentes situations, ils peuvent être une combinaison de toutes ces choses. Tout ce que nous pouvons déterminer, c’est qu’ils sont d’une nature différente de la nôtre, qu’ils appartiennent à un système différent, en tant qu’alien”.

La phase suivante des travaux du Dr. Gallimore consiste à explorer les expériences de la DMT de façon prolongé, dans l’espoir de faire durer le voyage dans ces dimensions étranges, et donc l’interaction avec ces créatures inconnues. Il espère qu’en explorant ces mondes au-delà de cette réalité, nous pourrons apprendre quelque chose des êtres intelligents qui y résident et par la même occasion dénouer les différentes couches de notre propre expérience de simulation.

 

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Article original : Sarah Haas /boulderweekly.com

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