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Le chercheur en chef Christopher Timmermann en train de superviser un volontaire dans la salle de traitement où on lui a administré de la DMT et où on observe les changements dans son activité cérébrale. Crédit: Imperial College London / Thomas Angus

Une nouvelle étude fascinante, dirigée par des scientifiques du tout nouveau Centre de Recherches Psychédéliques de l’Imperial College de Londres, fait la lumière sur la façon dont l’une des substances psychédéliques les plus puissantes au monde altère l’activité cérébrale, faisant rapidement passer les ondes cérébrales d’une personne dans un état qui ressemble à celui du rêve.

La diméthyltryptamine, ou DMT, est une substance psychédélique particulièrement puissante, mais dont l’action est très brève. Lorsque cette molécule est fumée ou injectée, les effets bouleversants de la DMT peuvent se faire sentir en quelques secondes. Cependant, la molécule est rapidement métabolisée par l’organisme, ce qui permet à une personne de revenir à la normale en une demi-heure environ.

La DMT est le principal composant psychoactif de l’Ayahuasca, une médecine psychédélique amazonienne traditionnelle. Cependant, pour que la DMT soit active par voie orale et dure plusieurs heures, elle doit être combinée avec des composés connus sous le nom d’inhibiteurs de la monoamine oxydase. En termes simplistes, une expérience avec l’Ayahuasca est un peu comme une expérience de 15 minutes avec la DMT, mais ralentie au point de durer entre six et dix heures.

La nouvelle étude de l’Imperial College de Londres s’est appuyée sur la courte durée des effets de la DMT pour mener une évaluation temporelle sur la façon dont la molécule modifie l’activité cérébrale d’une personne pendant une période de 20 minutes. L’électroencéphalographie (EEG) a été choisie comme la meilleure modalité d’imagerie pour l’étude, car c’est le moyen le plus détaillé pour capturer les effets temporels de la DMT sur l’activité cérébrale pendant une très courte période de temps.

Treize volontaires ont reçu des injections de DMT tout en portant des casques EEG pour mesurer l’activité des ondes cérébrales. L’auteur principal de l’étude, Christopher Timmermann, explique que l’activité cérébrale observée dans l’étude de son équipe était très différente de ce qui a été observé avec d’autres psychédéliques plus connus.

“Les changements dans l’activité cérébrale qui accompagnent les effets de la DMT sont légèrement différents de ce que nous avons observé avec d’autres psychédéliques, tels que la psilocybine ou le LSD, où nous avons surtout constaté une réduction des ondes cérébrales”, précise Timmermann. ” D’après les ondes cérébrales modifiées et les témoignages des volontaires, il est clair que ces personnes sont complètement immergées dans leur expérience – c’est comme rêver, mais en beaucoup plus vif et immersif, c’est comme rêver mais avec les yeux ouverts”.

En général, l’étude a révélé un effondrement de l’activité cérébrale des ondes alpha et bêta dans les premières minutes de l’administration de la substance. Ces ondes cérébrales sont habituellement en corrélation avec les états de veille, mais leur chute n’a pas entraîné un passage à un état de conscience réduit semblable à celui observé lors de l’anesthésie générale. Les chercheurs ont plutôt constaté une augmentation rapide de l’activité des ondes cérébrales delta et thêta. Ces oscillations delta/thêta ont souvent été liées à des transitions au cours de différentes phases du sommeil, y compris les phase de sommeil paradoxal (REM), mais le rythme de ces oscillations durant l’expérience de la DMT est assurément singulier.

Graphique de l’activité des ondes cérébrales après l’administration d’un placebo. Crédit: Christopher Timmermann

Graphique de l’activité des ondes cérébrales après l’administration de la DMT. La partie entourée est connue comme le moment de “percée” où les effets psychoactifs se manifestent. Crédit : Christopher Timmermann.

“La DMT est un psychédélique particulièrement intriguant”, explique Robin Carhart-Harris, responsable du Centre de Recherches Psychédéliques de l’Imperial College de Londres. “La vivacité visuelle et la profondeur de l’immersion produite par de fortes doses de cette substance semblent dépasser ce qui a été constaté avec des psychédéliques plus largement étudiés tels que la psilocybine. Il est difficile de capturer et de communiquer ce que vivent les personnes qui font l’expérience de la DMT, mais il est tout à fait possible de comparer cela à un rêve éveillé ou à une expérience de mort imminente”.

Curieusement, les chercheurs ont fait une observation générale qui cadre avec les recherches antérieures sur l’imagerie cérébrale psychédélique, à savoir une nette augmentation de ce qu’on appelle la diversité des signaux. Ce terme sert essentiellement à mesurer une nouvelle activité neuronale. Plus la dynamique de l’activité cérébrale est complexe ou chaotique, plus la diversité des signaux est élevée.

Des études antérieures ont montré que l’augmentation des oscillations des ondes alpha et la diversité limitée des signaux pouvaient être liées à des pathologies telles que la dépression. Cette nouvelle recherche soulève donc l’hypothèse d’un mécanisme qui expliquerait le potentiel antidépresseur de certains psychédéliques, et notamment la façon dont ces composés perturbent si radicalement les schémas généraux de l’activité cérébrale.

Bien qu’une grande partie de la recherche en cours porte actuellement sur le potentiel clinique de la psilocybine, le composé psychoactif que l’on trouve dans les champignons magiques, il y a eu relativement peu de travaux examinant les applications médicales de la DMT. Une recherche frappante publiée plus tôt cette année par une équipe de l’Université Johns Hopkins a révélé qu’une dose unique de 5-MeO-DMT (un puissant dérivé de la DMT) procurait des effets extraordinaires d’amélioration de l’humeur chez la grande majorité des sujets testés.

Le potentiel clinique ultime de la DMT en tant que médicament est encore inconnu, mais Robin Carhart-Harris suggère que les recherches de son équipe sont davantage axées sur la compréhension de la façon dont notre cerveau génère la conscience.

“Nous pensons que la recherche sur la DMT peut nous permettre de mieux comprendre la relation entre l’activité cérébrale et la conscience, et cette petite étude est un premier pas dans cette direction”, a conclut R. Carhart-Harris.

La nouvelle étude a été publiée dans la revue Scientific Reports.

Source: Imperial College London

 

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Article original : Rich Haridy /newatlas.com

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