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Ces dernières années, un regain d’intérêt scientifique a été constaté dans le domaine des effets psychologiques des psychédéliques. Prenons l’exemple des récents essais dans lesquels de la psilocybine a été administrée à des personnes chez qui une dépression résistante au traitement avait été diagnostiquée. Les personnes concernées ont présenté des réactions positives significatives, même après six mois.

Ces études montrent avec une confiance croissante le potentiel thérapeutique des psychédéliques pour traiter la dépression, la dépendance, l’anxiété, le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et améliorer les soins palliatifs.

Au milieu de cette “renaissance psychédélique“, une étude récente en particulier a attiré mon attention. Cette étude, publiée dans une revue internationale réputée et évaluée par les pairs, avance des affirmations encore plus audacieuses sur le potentiel des psychédéliques – non seulement pour améliorer la santé mentale, mais aussi, et c’est remarquable, comme un élément clé pour surmonter l’inaction face à la crise climatique.

Sur quels fondements ? Les auteurs justifient leur affirmation en mettant l’accent sur une des explications de leur effet apparemment positif sur le bien-être, démontré par des recherches antérieures. En plus de “réinitialiser” les principaux circuits cérébraux et d’améliorer la réactivité émotionnelle, les psychédéliques augmentent généralement le sentiment de connexion – à soi-même, aux autres, et au monde naturel.

Le lien avec la nature est une chose qui m’intéresse et sur laquelle j’ai fait des recherches avec des collègues, notamment en ce qui concerne la santé mentale. Le “lien avec la nature” est désormais considéré comme un sujet de recherche à part entière dans le domaine de la psychologie, comme une qualité individuelle qui peut être mesurée. Il ne s’agit pas seulement de l’étendue du contact d’un individu avec la nature, mais aussi de la mesure dans laquelle il se sent connecté et se sent faire partie intégrante du monde naturel.

Globalement, nous sommes de plus en plus déconnectés de la nature. Utsman Media/Unsplash, FAL

En utilisant des mesures établies en matière de connexion avec la nature auprès de plus de 600 participants avant et après une ou plusieurs expériences psychédéliques, les chercheurs ont constaté que la consommation de psychédéliques renforçait le sentiment d’être connecté à la nature chez les participants, un effet qui s’approfondissait lorsque cette expérience se déroulait dans un cadre naturel. Cela n’est peut-être pas si surprenant. C’est surtout ce que les chercheurs mettent en avant sur la base de ces résultats qui est intéressant.

Les psychédéliques au service de la santé planétaire

Les chercheurs présentent des preuves qui suggèrent que des expériences directes avec la nature et un sentiment de connexion avec cette dernière contribuent à renforcer la sensibilisation à l’environnement et le désir de prendre soin de la planète, réduisant ainsi le “comportement destructeur de l’environnement” des individus. Ce n’est pas nouveau. La nouveauté, c’est que les chercheurs affirment que si les expériences psychédéliques renforcent considérablement le sentiment de connexion, les psychédéliques peuvent également contribuer à la fois à la santé mentale et à la santé de la planète.

Cela pourrait-il être vrai ? Que se passe-t-il, psychologiquement parlant, pendant les expériences psychédéliques qui favorisent la connexion ? Les témoignages font état de sentiments de transcendance de soi, dans lesquels les frontières entre soi et les autres, ou entre soi et le monde naturel, sont temporairement dissoutes. Il ne s’agit pas tant d’une expérience de connexion entre deux personnes que d’un effondrement temporaire de la distinction même entre le soi et la nature.

En prenant des psychédéliques, on peut être momentanément absorbé dans un état “d’unité” ou “d’infinité océanique”. Cela me rappelle la réponse d’un participant à une autre étude, publiée en 2017, qui explorait les traitements psychédéliques de la dépression :

Avant, j’aimais la nature, maintenant je me sens en faire partie. Avant, je la regardais comme une chose, comme la télévision ou une peinture. [Mais] vous en faites partie, il n’y a pas de séparation ou de distinction, vous êtes la Nature.

Avec ou sans psychédéliques, nous devons assurément renforcer notre lien avec la nature. Liana Mikah/Unsplash, FAL

Les chercheurs affirment que de telles expériences, dans lesquelles le moi semble s’être fondu dans la nature, font apparaître une profonde affiliation à la nature qui nous motive à nous en soucier et à la protéger. Ils affirment que cela ne peut qu’engendrer un sentiment plus aigu de responsabilité environnementale. Par conséquent, les chercheurs suggèrent que l’administration de quantités contrôlées de psychédéliques à des personnes en immersion dans des environnements naturels pourrait favoriser une plus grande sensibilisation à l’environnement et la motivation à agir de manière plus responsable sur le plan environnemental.

Attention : psychédéliques en vue

Vous serez peut-être convaincu ou non par le raisonnement des chercheurs. La capacité des psychédéliques à provoquer une prise de conscience environnementale, un changement de comportement et un engagement en faveur de l’environnement reste à voir. Il n’existe certainement pas de pilule magique qui puisse mobiliser la responsabilité environnementale à grande échelle, avec psychédéliques ou non.

Et en tant que psychologue critique engagé dans le domaine de la crise climatique, je vois ici le danger de se concentrer sur le changement de comportement individuel, alors qu’une partie du problème réside dans le fait que nos énergies ne sont pas dirigées vers des changements structurels et vers ceux qui détiennent le pouvoir, ce que les auteurs de cette étude par ailleurs reconnaissent. Pour trouver des solutions viables à la crise climatique, il faut plus que des changements de perspective individuels, aussi radicaux ou profonds soient-ils.

Néanmoins, pour moi au moins, le fait de considérer sérieusement la valeur physique, psychologique, sociale et même environnementale des psychédéliques est en soi un défi bienvenu face aux croyances culturelles profondément ancrées, et souvent hypocrites, que nous avons sur les psychédéliques et leur prohibition.

Les psychédéliques offrent de nouvelles perspectives – et il est indispensable de sortir des sentiers battus dans le contexte de la crise climatique. Malcolm Lightbody/Unsplash, FAL

Pour être clair, je ne préconise pas un système libre et non réglementé concernant les psychédéliques. Les études mentionnées ici consistent en des doses soigneusement contrôlées, avec des participants assistés par des thérapeutes professionnels.

Mais il est utile d’examiner comment des expériences profondes, pas toujours exemptes de difficultés, peuvent avoir un pouvoir de transformation. Pour commencer, les expériences psychédéliques favorisant la connexion pourraient nous aider à dépasser les sentiments de futilité et d’isolement face à la crise climatique, lorsque nous nous considérons uniquement comme des individus sans défense, nous aidant à forger des liens et à voir des schémas plus larges.

Des expériences fortes avec la nature pourraient être particulièrement importantes aujourd’hui aussi. Nous vivons de plus en plus dans une ère d’extinction. La nature est en recul, l’urbanisme et l’aliénation quotidienne de la nature s’imposent comme la norme, et nous sommes confrontés à une perte d’une ampleur qu’il nous est difficile de reconnaître et de traiter.

En ces temps inédits, nous pouvons nous trouver piégés dans des états psychologiques dissociatifs, en étant conscients de la crise environnementale tout en faisant tout ce qui est en notre pouvoir pour que ces connaissances ne nous affectent pas. Cela est vrai au niveau individuel, mais aussi dans des contextes sociaux familiers de silence et de malaise partagés.

Lorsque nous manquons d’expériences directes avec la nature, nous manque-t-il une composante essentielle de ce qui est nécessaire pour prendre réellement soin de l’environnement dont nous faisons partie intégrante et pour agir en sa faveur ? Peut-être, juste peut-être, que la profonde connexion empirique découlant des expériences psychédéliques dans la nature est comparable à l’application d’un défibrillateur après un arrêt cardiaque. Peut-être que les psychédéliques pourraient nous donner le choc nécessaire pour relancer le cœur battant de la conscience écologique avant qu’il ne soit trop tard.

 

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