Les Expériences De “Réalité Ultime” Ou De “Dieu” Confèrent Des Effets Bénéfiques Durables Sur La Santé Mentale

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    Les expériences de rencontre avec “Dieu”, qu’elles soient spontanées ou provoquées par des psychédéliques, ont eu un impact positif similaire.

    Depuis des millénaires, les témoignages d’expériences religieuses profondément bouleversantes abondent, vécues spontanément ou sous l’influence de psychédéliques comme la psilocybine ou l’Ayahuasca, ces expériences ont parfois été ressenties comme une rencontre avec “Dieu” ou une “réalité ultime”. Dans une enquête menée auprès de milliers de personnes ayant rapporté avoir vécu une rencontre personnelle avec Dieu, les chercheurs de l’Université Johns Hopkins rapportent que plus des deux tiers des athées ont abandonné cette étiquette après leur rencontre avec “Dieu”.

    De plus, selon les chercheurs, la majorité des répondants ont attribué des changements positifs durables sur le plan de la santé psychologique – par exemple, concernant la satisfaction de vivre, le but et le sens de leur vie – même des décennies après leur expérience.

    Les résultats, décrits dans un article publié le 23 avril dans la revue PLOS One, renforcent la pertinence de ces expériences pour la guérison, affirment les chercheurs. Et la méthodologie de l’étude, ajoutent-ils, est la première à comparer systématiquement et rigoureusement les témoignages de rencontres spontanées de Dieu avec les témoignages d’expériences provoquées ou catalysées par l’usage de psychédéliques.

    “Les expériences décrites comme des rencontres avec Dieu ou un de ses représentant sont rapportées depuis des milliers d’années, et elles sont probablement à la base de nombreuses religions du monde”, a expliqué le docteur Roland Griffiths, chercheur principal de l’étude, et professeur en psychiatrie et en sciences comportementales à la faculté de médecine de la John Hopkins University. Et bien que la médecine occidentale moderne ne considère généralement pas les expériences “spirituelles” ou “religieuses” comme l’un des outils de l’arsenal contre la maladie, nos résultats suggèrent que ces rencontres conduisent pourtant à des améliorations de la santé mentale.

    Les preuves historiques et répandues de leurs bienfaits ont conduit l’équipe de scientifiques à faire des recherches sur la pertinence et les éventuels inconvénients de telles rencontres, a précisé Griffiths.

    Pour la nouvelle étude, les scientifiques ont utilisé les données de 4 285 personnes du monde entier ayant répondu à des annonces en ligne pour remplir un des deux questionnaires d’une durée de 50 minutes. Les participants devaient se souvenir de leur rencontre la plus mémorable avec le “Dieu de leur compréhension”, une “puissance supérieure”, une “réalité ultime” ou “un aspect ou un représentant de Dieu, tel qu’un ange”. Les participants devaient également expliquer ce qu’ils pensaient de leur expérience et comment elle avait changé leur vie.

    Environ 69 % des participants étaient des hommes et 88 % étaient blancs. Parmi ceux qui ont déclaré avoir utilisé un psychédélique, 1 184 avaient consommé de la psilocybine (“champignons magiques”), 1 251 du LSD, 435 de l’Ayahuasca (une infusion à base de plantes originaire des cultures indigènes d’Amérique latine) et 606 de la DMT, une substance naturellement présente dans certaines plantes et dans certains animaux.

    Sur l’ensemble des participants, 809 ont répondu à l’enquête sur la rencontre spontanée sans l’aide de psychédéliques, tandis que 3 476 ont répondu à l’enquête avec psychédéliques. Les sondés avaient en moyenne 38 ans lorsqu’ils ont répondu au questionnaire. Ceux qui ont rapporté avoir rencontré Dieu lors d’une expérience psychédélique ont eu cette expérience en moyenne à l’âge de 25 ans, alors que ceux dont l’expérience fût spontanée l’ont expérimentée à un âge moyen de 35 ans.

    Entre autres constatations clés :

    – Environ 75 % des sondés des groupes avec et sans psychédéliques ont évalué leur expérience de “rencontre avec Dieu” comme l’une des plus significatives et marquantes de leur vie, et les deux groupes ont attribué à celle-ci des changements positifs dans leur vie en termes de satisfaction, de but et de sens.

    – Indépendamment de l’usage psychédélique, plus des deux tiers de ceux qui se disaient athées avant l’expérience ne s’identifiaient plus comme tels après l’expérience.

    – La plupart des participants, dans les deux groupes, ont rapporté des souvenirs intenses de l’expérience de la rencontre, qui incluait souvent un échange avec une entité consciente (environ 70 %), bienveillante (environ 75 %), intelligente (environ 80 %), sacrée (environ 75 %) et immortelle (environ 70 %).

    – Bien que les deux groupes aient signalé une diminution de la peur de la mort, 70 % des participants du groupe ayant utilisé des psychédéliques ont signalé ce changement, contre seulement 57% dans l’autre groupe.

    – Dans les deux groupes, environ 15 % des répondants ont déclaré que leur expérience avait été la plus difficile de leur vie sur le plan psychologique.

    – Dans le groupe sans psychédéliques, les participants étaient plus susceptibles de répondre “Dieu” ou “un émissaire de Dieu” (59 %) comme la meilleure description de leur rencontre, tandis que le groupe avec psychédéliques étaient plus susceptibles (55 %) de préférer l’expression “réalité ultime”.

    Pour de futures études, Griffiths a précisé que son équipe aimerait explorer les facteurs qui prédisposaient une personne à vivre une rencontre aussi mémorable et susceptible de changer sa vie, et que lui et son équipe aimerait voir ce qui se passe dans le cerveau pendant cette expérience.

    “Continuer à étudier ces expériences pourrait fournir de nouvelles perspectives sur les croyances religieuses et spirituelles qui font partie intégrante de la culture humaine depuis des millénaires”, a ajouté Griffiths.

    Griffiths et l’équipe de recherche soulignent que l’étude reposait sur les réponses fournies par des participants à un questionnaire, une méthode qui comporte d’importantes possibilités de réponses biaisées ou inexactes. Ils n’encouragent pas la consommation de substances hallucinogènes à cause de risques non seulement juridiques, mais aussi des risques psychologiques liés à une altération du jugement, sans compter la possibilité de conséquences psychologiques graves, particulièrement chez les personnes vulnérables surtout quand ces expériences ne sont pas encadrées par le suivi d’un guide qualifié.

    De plus, poursuit Griffiths, “Nous voulons être clairs sur le fait que notre étude porte sur des expériences personnelles et ne révèle rien sur l’existence ou la non-existence de Dieu. Nous doutons qu’une science puisse régler définitivement ce point de toute façon.”

    Griffiths poursuit des recherches sur les psychédéliques depuis près de deux décennies. Certaines de ses études antérieures ont eu recours à la psilocybine pour explorer des expériences de type mystique et leurs conséquences chez des individus sains, ainsi que le potentiel thérapeutique de la substance pour aider les fumeurs à arrêter de fumer ou pour atténuer la détresse mentale des personnes souffrant de cancer.

    Son équipe espère qu’un jour, la psilocybine pourra être mise au point comme médicament pour une utilisation thérapeutique sous la direction d’un guide qualifié.

    Parmi les autres auteurs de l’étude figurent Ethan Hurwitz, Alan Davis et Matthew Johnson de Johns Hopkins et Robert Jesse du Council on Spiritual Practices, un organisme qui réunit théologiens et scientifiques.

    L’étude a été financée par le Council on Spiritual Practices, le Heffter Research Institute et le National Institute on Drug Abuse (R01DA03889 et T32DA07209).

    Griffiths siège au conseil d’administration du Heffter Research Institute. Jesse est président du Council on Spiritual Practices.

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