Comment La Justice Climatique Et Sociale Est-Elle Psychédélique ?

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    Dans la religion rastafarienne, “toi et moi” se dit “moi et moi “, pour montrer que toutes les personnes sont égales devant Jah. La plupart des religions reconnaissent certains aspects de la non-dualité – la compréhension philosophique, spirituelle et scientifique selon laquelle tous les êtres et toutes les particules ne forment fondamentalement qu’un.

    Certaines personnes découvrent la non-dualité à l’université, ou en lisant Eckhart Tolle, peut-être en méditant ou pendant une scéance de yoga, dans une relation avec quelqu’un, dans les affres d’une intense expérience avec l’Ayahuasca, ou même au sommet d’une montagne. Je l’ai réalisé sur le sol d’une cellule de prison sous une lumière fluorescente vacillante.

    En août 2016, j’ai été arrêté pour avoir bloqué la construction d’un gazoduc délabré à West Roxbury dans l’état du Massachusetts. Cette conduite de gaz sous haute pression était posée à moins de 18 mètres d’une carrière de dynamitage en activité. Elle passait devant une maison de retraite, une école maternelle et d’innombrables foyers résidentiels. m’entreprise Spectra Energy finançait le projet. Malgré les protestations des dirigeants locaux pour que les centaines de fuites de gaz de nos conduites existantes soient réparées, National Grid a quand même passé un contrat avec Spectra en contrepartie du combustible que ce nouveau pipeline de 52 bars de débit allait fournir.

    J’ai risqué mon casier vierge, ma réputation et mon corps pour défendre l’environnement, ce que les normes sociales m’avaient implicitement appris à penser comme hors de moi-même. Le changement climatique est une idée abstraite; j’étais à peine au courant des faits il y a à peine un an, et vous n’en êtes peut-être pas encore conscients vous-même. D’autres endroits, cependant, sont plus que conscients de l’intensité croissante des tempêtes, des sécheresses, des inondations et des fluctuations de température sur la planète.

    Prenons l’exemple de la population de Karachi, au Pakistan, dont le gouvernement local a creusé des fosses communes en prévision d’une vague de chaleur de 50°C, qui provoquerait des milliers de morts pendant plusieurs jours. C’est ce qui s’est passé. Et cela continuera à se produire. J’ai mis mon corps sur la voie de construction pour résister à notre dépendance continue à l’égard de cette source de combustible qui perturbe l’atmosphère, causant des phénomènes météorologiques violents et mettant en danger les populations (surtout celles des régions les plus pauvres), les animaux, les plantes et la Terre en général.

    Cependant, je ne faisais  pas un cadeau désintéressé au le monde entier; j’étais toujours convaincu que j’agissais dans mon meilleur intérêt lorsque je grimpais sous une clôture et traversais la forêt pour pénétrer furtivement dans la station de régulation et de mesure de Spectra, pour m’installer près d’un bulldozer orange fumant.

    Chacun des manifestants avait été associé à un partenaire; j’ai pris un selfie de Pat et de moi-même alors que les ouvriers du chantier nous engueulaient et nous méprisaient pour avoir retardé leur travail. Avant cette action de désobéissance civile, nous avions découvert que notre action n’affecterait pas le salaire quotidien des ouvriers du chantier. Les policiers qui sont venus sur le chantier de construction tout l’été pour arrêter les nouveaux manifestants sont payés par Spectra et non par la ville, donc c’est bien, aussi.

    Un policier de West Roxbury est arrivé à bicyclette, est descendu à pied et s’est approché de nous amicalement. Au loin, nous pouvions entendre les chants et les slogans d’autres manifestants dans la rue en face de l’aire de construction. L’agent nous a salués et nous a demandé si nous savions que nous étions en train de commettre une intrusion.

    “Nous savons”, dit Pat, qui avait une attitude et un ton calme. “Nous le faisons pour vos petits-enfants.” L’officier a gloussé et nous a dit que, heureusement, il ne se faisait pas encore appeler grand-père.

    L’agent nous a expliqué qu’il comprenait les motivations de notre action et qu’il n’était pas opposé à notre cause. Je lui ai dit qu’il était logique pour lui d’être compréhensif, car la police est censé protéger la population, et ce pipeline posait un risque dévastateur et immédiat.

    “Comme je pense que vous le savez,” dit-il en souriant, “je vais devoir vous emmener en garde à vue si vous ne quittez pas la propriété.”

    Nous l’avons poliment informé que nous n’avions pas l’intention de quitter le chantier de construction, et il a fait signe à quelques autres agents qui nous ont menottés (avec des attaches en plastique) et nous ont accompagnés jusqu’au fourgon de police aux vitres teintées.

    L’autre équipe de militants nous a suivis non loin derrière, également les mains liées et escortés par la police. Nous sommes rentrés un par un dans le trou noir et nous avons transpiré abondamment par cette chaleur d’août pendant environ une demi-heure jusqu’à ce que nous nous soyons embarqués direction le commissariat de police.

    Deux officiers ont constitué un dossier sur moi et ont pris mes empreintes digitales. Fixant mes mains tachées d’encre, j’ai contemplé mes actions depuis le sol de béton froid de ma cellule de détention. Parfois, ma détermination vacillait et oscillait; je pensais à mon travail de professeur à Boston et aux conséquences possibles de la découverte de ma situation par mes employeurs. J’ai pensé à ma carrière de thérapeute et au fait que je devrais expliquer à tous mes futurs employeurs pourquoi j’avais une arrestation dans mon dossier. J’ai pensé à la possibilité que mon cas soit mélangé d’une façon ou d’une autre et que je sois incarcéré pour une période prolongée. J’ai pensé à tout ce que les gens penseraient et diraient à mon sujet. Ma famille aurait-elle honte ?

    L’instinct de conservation en moi n’a jamais été aussi fort. Cependant, je sais maintenant qu’agir simplement au service de mon corps et de mon dossier, de ma réputation et de mes biens, c’est-à-dire de toutes ces causes temporaires et éphémères, c’est finalement agir contre moi-même.

    C’est là que j’ai réalisé que le militantisme était psychédélique.

    Pour reprendre les mots de Dennis McKenna, les psychédéliques sont les moyens de défense de la nature contre la destruction. Ils peuvent être des catalyseurs qui augmentent notre conscience écologique et nous “réveillent”. La recherche montre que ces composés éteignent l’activité du réseau du mode par défaut, un système neurologique du cerveau impliqué dans de nombreuses fonctions, dont l’auto-référencement et la réflexion sur le passé et le futur. Une fois la voix intérieure lancinante apaisée, l’esprit est libéré des limites de l’habitude et du conditionnement. Certains affirment que cet état a facilité un examen plus objectif de leurs actions et de leurs implications plus larges. Cette façon de penser est au cœur du militantisme.

    Le militantisme est une action organisée qui vise à apporter une amélioration ou un changement dans une société. Cette action peut prendre la forme d’une action menée par 600 étudiants de l’Université de Tufts allongés dans la rue pour attirer l’attention sur le nombre disproportionné de meurtres commis par des policiers sur des personnes de couleur. Il se peut que des milliers de mineurs de charbon se mettent en grève pour obtenir de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Le militantisme peut prendre la forme de “kiss-in” en réponse à la nouvelle loi russe rendant illégale “l’expression publique de relations sexuelles non-traditionnelles”. Le militantisme, c’est plus de 100 tribus s’unissant dans l’un des plus grands mouvements de résistance indigènes de l’histoire pour arrêter le Dakota Access Pipeline, qui aurait traversé la terre sacrée en passant sous le fleuve Missouri, mettant en danger l’accès de 8 millions de personnes à de l’eau propre. Le militantisme cherche à promouvoir, à entraver ou à diriger le changement ou le statu quo politique, économique et/ou environnementale.

    Le militantisme est psychédélique parce qu’il implique une dissolution de l’ego. Au fur et à mesure de mon engagement pour défendre quelque chose de plus grand que mon propre bien-être immédiat, un changement s’est produit – un changement vers une vision de la réalité qui se voyait comme une entité unique plutôt que faites de plusieurs parties disjointes. Je crois que cette réalité existe aux niveaux micro et macro, pour moi aussi bien pour le monde et le cosmos.

    Dans mon expérience en tant que personne influencée par les psychédéliques, travailler dans le monde du militantisme et voyager dans des états de conscience modifiés m’a montré que je n’étais pas une entité indépendante. Mon existence est étroitement liée à la santé et à la stabilité de la Terre, de l’humanité et des systèmes végétaux et animaux.

    J’espère que mes actions pourront inspirer les autres à remettre en question cette folie largement acceptée. Heureusement, il y a tant de façons de prendre soin de la terre et de chaque être sensible qui l’habite. Tout le monde n’a pas besoin d’avoir une arrestation sur son casier judiciaire ! Ce ne fut que mon chemin.

    J’espère que la conscience du monde commencera à basculer pour considérer l’effet universel des normes humaines, en particulier celles qui nuisent à notre corps et à notre planète. J’espère que les personnes s’engageront dans leur propre expression de la singularité; que ce soit en participant à de la désobéissance civile, en cultivant un jardin, en prenant une dose héroïque dans l’obscurité silencieuse, en commençant une coopérative avec une économie monétaire basée sur le temps ou en chantant Om Namah Shivaya en écoutant son CD préféré de Krishna Das.

    Ça, mes amis, c’est psychédélique.

    Leia Friedman

    Leia est enseignante et écrivaine. Elle est cofondatrice du Boston Entheogenic Network, animatrice de “The Psychedologist : consciousness positive radio” et permacultrice. Son travail se concentre sur les phénomènes liés à l’expérience humaine de la conscience à travers le prisme de la justice sociale et environnementale. Leia explore des façons de faire le pont entre les intersections diverses et multidimensionnelles des psychédéliques et de l’écologie tout en résidant dans sa ferme à Sherman dans le Connecticut.

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