Les Psychédéliques Stimulent La Plasticité Neuronale

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    Une nouvelle étude réalisée par l’Université de Californie à Davis a découvert que les substances psychédéliques comme le LSD et la DMT stimulaient la plasticité et le développement neuronal, suggérant ainsi la possibilité de leur potentiel thérapeutique.

    Les patients souffrant de dépression et de troubles post-traumatiques tendent à avoir une altération des mécanismes qui influent sur la neurogenèse et la neuroplasticité – leurs cellules cérébrales se développent plus lentement et sont moins flexibles. Ces changements structurels peuvent entraîner l’atrophie de diverses régions du cerveau, y compris l’hippocampe (qui est impliqué dans l’apprentissage et la mémoire) et le cortex préfrontal (qui sert de médiateur entre la personnalité et la prise de décision).

    En contrant ces dommages par la stimulation de la plasticité structurelle et fonctionnelle des neurones, c’est une nouvelle façon de traiter les troubles psychiatriques qui est proposée. Cependant, relativement peu de composés qui favorisent la neuroplasticité – que les auteurs de l’étude ont appelé “psychoplastogènes” – se sont révélés capables d’atteindre cet objectif sans inconvénients.

    La kétamine, un anesthésique dissociatif aux propriétés hallucinogènes, est une exception notable. En activant les voies impliquées dans la formation des connexions neuronales, il s’est avéré être un traitement extrêmement efficace contre la dépression résistante au traitement (figure 1b).

    De même, le Beckley / Impérial Psychedelic Research Programme a démontré les bienfaits significatifs et encore plus durables de la psilocybine dans le traitement de la dépression (figure 1a).

    Fig.1a – Les psychédéliques ont un effet bénéfique significatif et durable dans le traitement de la dépression (adapté de Carhart-Harris et al. 2016). Fig.1b – La kétamine s’est également révélée prometteuse dans la dépression résistante au traitement, bien que les effets ne durent pas aussi longtemps que ceux observés avec la psilocybine (tiré de Zarate et al. 2012).

    Cette nouvelle étude espérait élucider le mécanisme cellulaire par lequel les psychédéliques atteignent leur effet thérapeutique en étudiant leur influence sur la croissance et la plasticité neuronale.

    Dans la première expérience, les scientifiques ont traité des cultures de neurones corticaux avec des psychédéliques, puis ont observé comment les neurones se développaient et devenaient plus complexes (figure 2).

    Fig.2 – Les psychédéliques ont considérablement augmenté la complexité des neurones corticaux par rapport aux VEH – c’est à dire les cultures sans substance. Cette mesure a été effectuée en analysant la fréquence à laquelle les branches et les ramifications cellulaires (neurites) se croisaient à différentes distances du centre cellulaire. La figure comprend un traçage représentatif d’une cellule de chaque traitement (Ly et al. 2018).

    Ils ont constaté que le LSD, la DMT et le DOI – tous des psychédéliques sérotoninergiques – augmentaient considérablement la croissance et la complexité des neurones de la même manière que la kétamine, le LSD étant particulièrement puissant. Il est intéressant de noter que l’ibogaïne n’a pas d’effet sur la neuroplasticité – contrairement à son métabolite noribogaïne, ce qui suggère qu’il s’agit de la molécule active dans les propriétés anti-addictives de l’iboga.

    À titre de comparaison, l’amphétamine et la sérotonine – qui partagent des similitudes structurelles avec les psychédéliques – ont également été testées et n’ont aucun effet sur les mesures de la neurogenèse.

    Ces effets ont été observés non seulement dans des cultures cellulaires, mais aussi en testant les composés sur le cerveau de larves de mouches et de poissons zèbres, démontrant ainsi leur effet concret sur les organismes vivants.

    Dans une autre mesure de la plasticité neuronale, il a été constaté que les psychédéliques augmentaient significativement le nombre d’épines dendritiques sur les neurones corticaux, le LSD doublant presque leur densité (figure 3). Ces épines forment des synapses avec d’autres neurones et sont un siège important de l’activité moléculaire dans le cerveau. Leur fonctionnement est étroitement lié à une cognition supérieure, et la perte de ces structures est une caractéristique de la dépression et d’autres troubles neuropsychiatriques.

    Fig.3 – Effet des psychédéliques sur la spinogenèse et la synaptogénèse. Le nombre d’épines dendritiques sur les neurones corticaux – qui servent de passerelles et de connexions avec d’autres neurones – a augmenté de façon significative après un traitement avec des psychédéliques (Ly et al. 2018).

    Les effets positifs n’étaient pas seulement structurels, mais fonctionnels – les enregistrements électrophysiologiques ont révélé que la fréquence et la force des courants neuronaux ont augmenté pendant de nombreuses heures après la disparition des composés psychédéliques dans le corps.

    L’étude a ensuite élucidé davantage les mécanismes moléculaires impliqués. mTOR est un composant clé des voies de transmission neuronale interne, impliqué dans le développement de récepteurs et la formation de synapses, et est également connu pour être la cible par laquelle la kétamine accomplit son effet antidépresseur. Lorsque mTOR a été bloqué, les effets psychoplastogènes des psychédéliques vus ci-dessus ont également été inhibés, ce qui indique que leur effet est obtenu par un mécanisme similaire à celui de la kétamine.

    Cette étude s’appuie sur les résultats précédents du programme de recherche Beckley/Sant Pau, qui a observé que les composants de l’ayahuasca favorisaient la croissance et la maturation des neurones (figure 4). Il a également été démontré que l’ayahuasca avait des effets antidépresseurs importants, ce qui suggère en outre que la neuroplasticité est un mécanisme commun pour les actions de la kétamine et des psychédéliques comme le LSD et l’ayahuasca. La Fondation Beckley est déterminée à approfondir cette question, tant in vitro que chez l’homme, dans le cadre de nos programmes de recherche avec le Brésil, l’Université de Maastricht et l’Imperial College de Londres.

    Fig.4 – Les composants de l’ayahuasca favorisent la croissance et la maturation des neurones, comme en témoigne la coloration spécifique du cycle cellulaire des neurones en culture cellulaire (Morales-Garcia et al. 2017).

    Ces résultats ajoutent encore plus de preuves scientifiques des bienfaits thérapeutiques des composés psychédéliques. Non seulement il a été démontré que les psychédéliques ont un potentiel révolutionnaire dans le traitement de troubles psychiatriques auparavant incurables, mais ils sont également uniques dans leur capacité à promouvoir la neuroplasticité d’une manière sûre, en guérissant à la fois l’esprit et le cerveau.

    Malheureusement, la psilocybine, le LSD, la DMT et d’autres psychédéliques figurent toujours à l’annexe I des conventions mondiales sur les drogues du Royaume-Uni et de l’ONU, ce qui limite considérablement la recherche et l’application clinique. La Fondation Beckley fait activement campagne pour que les psychédéliques et d’autres médicaments psychoactifs soient reprogrammés, afin que les médecins et les psychothérapeutes puissent s’en servir comme outil pour aider à guérir ceux qui ne bénéficient pas des traitements actuellement disponibles. Malgré les restrictions, nous continuons de collaborer avec des groupes de recherche partout dans le monde pour mieux comprendre ces composés – ensemble, nous espérons créer un changement de paradigme en psychiatrie qui profitera à l’ensemble de la société.

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