Les Molécules Psychédéliques Peuvent-Elles Vous Connecter Avec Le Divin ?

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    La science est en train de tirer les molécules psychédéliques hors de la stigmatisation en suggérant qu’elles auraient une foule remarquable de propriétés pour combattre les dépendances, la dépression ou encore pour entrer en contact avec le mystique.

    En juillet 2015, Mickael Bergeron Neron, un programmeur âgé de 25 ans, débarquait dans la jungle qui borde la ville d’Iquitos, la plus grande métropole de l’Amazonie péruvienne. Il s’y était rendu pour une retraite spirituelle pendant laquelle il prévoyait de consommer de l’Ayahuasca, une boisson à base de plantes qui poussent dans la jungle amazonienne. Bergeron Neron voulait se servir de cette expérience pour essayer de se débarrasser d’un “traumatisme résiduel“, une angoisse désagréable qu’il ressentait auprès les filles. Ses expériences antérieures avec les psychédéliques étaient insuffisantes, mais cette fois-ci, il était confiant que cela fonctionnerait.

    Au début de l’expérience, je ne faisais que ressentir de l’amour. Tout mon corps était un éclair d’amour. Plus tard, j’étais amoureux. Encore  plus tard, j’étais devenu une fontaine d’amour. J’ai compris que la vie ne pouvait pas se vivre sans amour. Je voyais que depuis que mes parents s’étaient rencontré et m’avaient conçu par amour, j’étais un produit de l’amour et, par extension, j’étais l’amour même. Il m’ a était montré que non seulement la vie, mais l’univers lui-même ne pouvait exister sans amour, et que, fondamentalement, l’amour constitue l’univers tout entier. Quand j’ai vécu cette expérience, je ne faisais pas seulement partie de l’univers, mais j’étais l’univers lui-même.

    Ce ne sont là que quelques-unes des épiphanies que Bergeron Neron a vécues après avoir consommé de l’Ayahuasca aux côtés de 21 personnes, dont plusieurs chamanes et animateurs.

    Officiellement, les drogues psychédéliques, ou hallucinogènes, sont les molécules qui peuvent induire des états de perception et de conscience altérés. Les hallucinogènes les plus couramment consommés sont la N, N-Diméthyltryptamine (DMT), l’Ayahuasca, le peyote, la psilocybine, l’acide Lysergique diéthylamide (LSD) et le cannabis.

    Les archéologues ont fourni des preuves fossiles montrant que l’utilisation de substances psychédéliques dans les cérémonies rituelles remonte à au moins 10 000 ans. Les plantes psychoactives ont été utilisées pendant des siècles par les Amazoniens indigènes, qui croyaient pouvoir permettre à leurs “hommes saints” de soigner les maladies physiques et mentales et de communiquer avec leurs ancêtres et les dieux. Dans les écritures hindoues, il est possible de trouver des descriptions du soma, une boisson dérivant de la sève laiteuse fermentée d’Asclepias acida (une plante grimpante que l’on trouve dans les régions montagneuses), qui aurait ouvert les portes du divin à ses consommateurs. Dans l’Egypte antique, on pensait que les grands prêtres buvaient des extraits de la fleur psychoactive lotus bleu du Nil. Dans les Mystères d’Éleusis, les plus célèbres de tous les anciens rites religieux grecs, il est fait mention du kykeon, un mélange d’eau, d’orge, d’herbes et de fromage de chèvre moulu, qui était censé faire vivre aux buveurs le mystère de la mort et de la renaissance.

    Certains universitaires soutiennent que la substance qui est consommé durant l’apogée du Mystère d’Éléusis était une sorte de substance psychédélique, ils soutiennent également que l’expérience aurait pu aider le philosophe de la Grèce Antique Platon à formuler ses interprétations philosophiques. Les molécules psychédéliques auraient grandement influencé la croissance de la civilisation occidentale” selon William Barnard, professeur d’études religieuses au SMU Dedman College of Humanities and Sciences.

    Il est étrange, cependant, que la science moderne ne puisse toujours pas fournir d’explication exacte concernant le fonctionnement des hallucinogènes.

    Notre compréhension du fonctionnement des molécules psychédéliques est encore très primitif” raconte Roland Griffiths, professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à l’Université Johns Hopkins. “Ce sont là des expériences fondamentales qui provoquent des changements dans le domaine de la conscience. Il y a une compréhension très profonde de la nature de la conscience.” Griffiths pense qu’il est discutable que la conscience puisse être expliquée à partir d’une base neurobiologique.

    Nous avons cependant quelques indices“, dit-il. “L’une des observations intéressantes qui a été faite à plusieurs reprises avec la psilocybine et d’autres hallucinogènes classiques est une diminution de l’activité du réseau de mode par défaut (MPD), qui est la partie du cerveau qui est associée aux processus autoréférentiels et à tout ce qui est lié à l’ego, et dont l’activité est vue comme augmentant dans les troubles dépressifs“.

    Dans son étude, Griffiths a observé une diminution similaire du fonctionnement du réseau de mode par défaut à long terme sur des sujets méditants. “Une grande partie de la méditation réduit le contrôle égoïque, et cela arrive peut-être avec la psilocybine, et c’est pourquoi avec la méditation et la psilocybine, les gens sont amenés dans l’expérience fascinante du moment présent. Ils deviennent intensément conscients de la conscience; ils s’effondrent dans le moment présent“.

    Barnard note que les psychédéliques sont capables de nous aider à écouter d’autres fréquences de conscience qui sont filtrées en temps normal par l’activité cérébrale. “C’est parce que la fonction première du cerveau humain n’est pas la conscience, mais la survie, dans un monde où l’information peut devenir accablante“. Barnard ajoute que les psychédéliques peuvent démocratiser l’expérience mystique au plus grand nombre.

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    Aujourd’hui de retour au Québec, Bergeron Neron est étonné de constater à quel point il se sent plus calme et plus confiant, même plus de deux ans après son expérience avec l’Ayahuasca au Pérou. Mais il est également déconcerté par le fait que plusieurs des réalisations qu’il a reçu pendant ces deux heures de “guérison” lui ont échappé par la suite. “Le “moi” d’avant cette expérience aurait été extrêmement critique à l’égard de celui qui a rapporté cela, en disant que c’est juste un truc absurde New Age, mais c’est moi qui vous le raconte en ce moment même“.

    Une récente analyse de données a montré qu’aux États-Unis, les psychédéliques comme le LSD, les champignons à psilocybine, le peyote et la mescaline semblent être aussi populaires chez les jeunes Américains d’aujourd’hui que chez leurs parents baby-boomers des années 1960 et 1970. Ces substances semblent être bien plus que la bougie d’allumage derrière le travail des musiciens, des artistes et des personnes hautement créatives – leur portée a été étendue à la recherche scientifique conventionnelle. “Pourtant, depuis près de 47 ans maintenant, ces médicaments sont classifiés comme des drogues de l’annexe 1, ce qui signifie que les ordonnances peuvent ne pas leur être délivrées et qu’elles ne sont pas toujours disponibles pour un usage clinique “, explique M. Barnard.

    C’est en 1970 que le président des États-Unis Richard Nixon a signé la Loi réglementant certaines substances, qui considérait que les psychédéliques n’avaient aucune valeur médicale et présentaient un potentiel élevé d’abus, en particulier chez les jeunes, ce qui mettait un point final à une tentative insurrectionnelle d’expansion de l’esprit humain. Peu de temps après, la science s’est un peu dégonflé sous la pression des temps et a cessé d’examiner les propriétés des psychédéliques pendant au moins 20 ans après leur embargo.

    Mais à mesure que les années 1990 avançaient, un regain d’intérêt pour l’utilisation de substances psychotropes s’est fait sentir. Un déluge d’études scientifiques a commencé à réexaminer les effets des substances psychoactives sur le bien-être spirituel et la gestion de la douleur ou des dépendances. En 1991, Michael Winkelman a écrit “Therapeutic Effects of Hallucinogens.”. En 1999, Thomas Lyttle a publié “Psychedelics Reimagined“; en 2012, Ben Sessa a publié un livre intitulé The Psychedelic Renaissance; en 2017, William Barnard a publié “Psi and Psychedelics; Meditation and Mysticism: Religion, Science, and Non-Ordinary States of Consciousness,”et Roland Griffiths (avec Matthew Johnson) ont écrit “Potential Therapeutic Effects of Psilocybin” Au cours des 27 dernières années, la communauté scientifique a littéralement fourmillé d’études consacrées aux molécules qui élargissent l’esprit.

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    Sommes-nous maintenant tous libres de les prendre et de nous prélasser dans les sentiments euphoriques d’une expérience mystique en toute sécurité ? “Notre travail ne doit pas être interprété comme tel “, répond Griffiths. “Dans notre travail de laboratoire, nous éliminons, par exemple, les personnes qui ont des antécédents personnels ou familiaux de maladies psychotiques, et nous voyons encore certaines personnes qui vivent des expériences difficiles. Il ne faut pas oublier que la schizophrénie ne se manifeste pas avant la fin de l’adolescence ou le début de la vingtaine, période à partir de laquelle l’expérimentation de substances similaires pourrait commencer. Même si ces drogues n’entraînent pas de dépendance, elles ne sont pas pour tous et certaines personnes peuvent se retrouver avec des problèmes psychologiques et psychiatriques persistants. Nous parlons d’un très petit pourcentage, mais nous devrions quand même être très prudents “.

    Les psychédéliques restent des drogues classées à l’annexe 1 aux Etats-Unis (et leur classement n’est pas meilleur dans la plupart des autres pays, car ils sont totalement interdits au Royaume-Uni et au Japon, par exemple), juste à côté de l’héroïne et un cran au-dessus de la cocaïne (qui est à l’Annexe 2) sur l’échelle du danger toxique – alors qu’ à ce jour, aucune des études de la renaissance psychédélique n’ a été traduite en politique répressive dans les pays où ils sont interdits.

    “Il y a plusieurs raisons pour lesquelles cela se produit “, explique M. Barnard. “On peut remonter à la contre-culture des années 60. Lorsque les gens prenaient du LSD, ils avaient tendance à remettre en question certaines des hypothèses centrales de la société occidentale. Ils avaient tendance à protester – quelque chose d’extrêmement menaçant pour les gouvernements. Mais il y a aussi ce besoin occidental d’approuver seulement un spectre circonscrit d’états de conscience.

    Comme l’explique Barnard: “Les psychédéliques menacent le sens même du réel. Ils vous font vous demander quelle est la nature de votre propre être. Ils vous font vous demander quelle est la nature de la société et du cosmos qui vous entoure. Ces pensées n’ont aucune valeur utilitaire dans la société d’aujourd’hui.

     

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    Traduction EXTACIDE

     

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