Carl Sagan À Propos Du Cannabis

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« Mr. X »

Traduction: Philippe J.M. Morel

« Tout a commencé il y a environ dix ans. J’étais parvenu à un moment de ma vie où j’étais beaucoup plus détendu – une période où je réalisais qu’il n’y avait pas que la science dans la vie, une période d’éveil de ma conscience sociale et de mon ouverture à l’autre, une période pendant laquelle j’étais ouvert à de nouvelles expériences. J’étais devenu ami avec un groupe de personnes qui fumaient occasionnellement du cannabis, de façon irrégulière, mais avec un plaisir évident. Initialement, je ne tenais pas à participer, mais l’euphorie apparente que le cannabis leur procurait et le fait qu’il n’y avait pas d’addiction physiologique à cette plante finirent par me convaincre de m’y essayer. Mes expériences initiales furent intégralement décevantes ; il n’y avait aucun effet, et je commençais à entretenir une variété d’hypothèses où je soupçonnais le cannabis d’être un placebo dont la réussite dépendait plus des attentes et de l’hyperventilation que de la chimie. Après environ cinq ou six tentatives infructueuses, toutefois, cela fonctionna.

J’étais allongé sur le dos dans le salon d’un ami examinant nonchalamment les motifs des ombres sur le plafond émanant d’une plante en pot (pas du cannabis !). Je me rendis compte soudain que j’examinais une Volkswagen miniature minutieusement détaillée, aux contours rendus distincts par les ombres. J’étais très sceptique quant à cette perception, et j’essayais de trouver des inconsistances entre les Volkswagen et ce que je percevais sur le plafond. Mais tout était là, jusqu’aux enjoliveurs, la plaque d’immatriculation, le chromage, et même la petite poignée qu’on utilise pour ouvrir le coffre. Lorsque je fermais les yeux, j’étais abasourdi de constater qu’un film se déroulait à l’intérieur de mes paupières. Flash … une simple scène champêtre avec une ferme rouge, un ciel bleu, des nuages blancs, un chemin jaune serpentant par-delà les collines vertes jusqu’à l’horizon … Flash … même décors, maison orange, ciel marron, nuages rouges, chemin jaune, champs violets … Flash … Flash … Flash. Les flashs se produisaient environ à chaque battement de cœur. Chaque flash donnait lieu à cette même scène empreinte de simplicité, mais à chaque fois avec une palette de couleurs différentes … aux teintes aussi profondes qu’exquises, et incroyablement harmonieuses dans leur juxtaposition. Depuis, je fume occasionnellement et apprécie ça profondément. Cela amplifie les sensibilités latentes et engendre ce qui semble d’après moi des effets encore plus intéressants, comme je l’expliquerai dans un instant.

Je me souviens d’une autre de ces premières expériences avec le cannabis, lors de laquelle j’observais une flamme de bougie et découvris au cœur de celle-ci, se dressant avec une indifférence magnifique, le personnage espagnol au chapeau noir paré d’un cape qui apparaît sur l’étiquette des bouteilles de Sandeman Sherry. L’observation des flammes lorsque vous êtes « in-spiré », soit dit-en passant —d’autant plus à travers l’un de ces prismes kaléidoscopiques qui reflète leurs environnements— est une expérience extraordinairement émouvante et sublime.

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Je tiens à expliquer qu’à aucun moment je n’ai pensé que ces choses étaient « vraiment » là. Je savais qu’il n’y avait aucune Volkswagen au plafond et qu’il n’y avait pas le personnage des bouteilles Sandeman dans la flamme. Je ne ressens aucune contradiction dans ces expériences. Il y a une partie de moi qui crée ces perceptions qui, dans la vie de tous les jours, pourraient sembler bizarres ; il y a une autre partie de moi qui est une sorte d’observateur. Environ la moitié de ce plaisir provient de la partie observatrice appréciant le travail de la partie créatrice. Je souris, ou j’éclate de rire, même, à la vue de ces images à l’intérieur de mes paupières. C’est en ce sens, je suppose, que le cannabis est psycho-mimétique, mais je n’y trouve aucune des paniques ou terreurs qui accompagnent certaines psychoses. Probablement car je sais que c’est mon propre « trip », et que je peux en redescendre rapidement chaque fois que je le souhaite.

Alors que mes perceptions naissantes étaient toutes visuelles, et manquant curieusement d’images d’êtres humains, ces deux motifs ont changé au fil des années. Je constate qu’aujourd’hui, un simple joint m’« in-spire ». Je teste mon degré d’« in-spiration » en fermant les yeux et en cherchant les flashs. Ils interviennent longtemps avant toute altération de mes perceptions visuelles et autres. J’imagine que c’est un problème relatif au rapport signal-bruit ; le niveau de bruit visuel étant très bas avec mes yeux fermés.  Un des autres aspects informatifs théoriques est la prévalence –du moins dans mes images flash– de dessins animés : juste la silhouette de personnages, des caricatures, pas des photographies. Je pense que c’est uniquement une question de compression de l’information ; il serait impossible de saisir le contenu total d’une image avec le contenu informatif d’une photographie ordinaire, disons de 108 bits, dans la fraction de seconde qu’occupe un de ces flash.

Et l’expérience du flash est conçue, si je puis dire, pour une appréciation immédiate. L’artiste et le spectateur ne font plus qu’un. Ce qui ne veut pas dire que les images ne soient pas merveilleusement détaillées et complexes. J’ai récemment contemplé une image dans laquelle deux personnes parlaient, et les mots qu’ils disaient se formaient et disparaissaient en jaune au-dessus de leurs têtes, à une fréquence d’environ une phrase par battement de cœur. Si bien qu’il était possible de suivre la conversation. Dans le même temps, un de ces mots apparaissait en rouge au-dessus de leurs têtes parmi les jaunes, et ce parfaitement en contexte avec la conversation ; mais si l’on se souvenait de ces mots rouges, ils exprimaient un ensemble d’énoncés bien différents, particulièrement à propos dans la conversation. L’intégralité de la série d’images dont je viens ici d’esquisser les contours, avec je dirais environ 100 mots jaunes et quelque-chose comme 10 rouges, se déroula en moins d’une minute.

Le cannabis a grandement amélioré mon appréciation pour l’art, un sujet que je n’avais alors, jusque-là, jamais trop apprécié. La compréhension des intentions de l’artiste à laquelle je suis en mesure de parvenir lorsque je prends de la hauteur (« to get high » en Anglais, c.-à-d. « planer » en Français – ndlr), parfois, se poursuit lorsque je redescends. C’est l’une des nombreuses frontières humaines que le cannabis m’a appris à transcender. Cela a également donné lieu à des moments de réflexion autour de l’art – je ne sais si elles sont vraies ou fausses, mais elles étaient certainement amusantes à formuler. Par exemple, j’ai passé du temps à planer en regardant l’œuvre du peintre surréaliste Français Yves Tanguy. Quelques années plus tard, j’émergeai d’une longue nage dans les Caraïbes et m’enfonçai, épuisé, sur une plage formée par l’érosion d’un récif de corail environnant. En examinant négligemment les fragments arqués de coraux au couleurs pastel qui composaient la plage, j’aperçu devant moi une grande peinture de Tanguy. Peut-être Tanguy avait-il visité une telle plage dans son enfance.

Slowly Toward the North, Yves Tanguy (1942)

Une amélioration très similaire dans mon appréciation pour la musique s’est produite avec le cannabis. Pour la première fois, j’ai été capable d’entendre les différentes composantes d’une harmonie en 3 parties, et l’intensité du contrepoint. J’ai depuis découvert que les musiciens professionnels peuvent relativement facilement laisser plusieurs parties distinctes jouer simultanément dans leurs têtes, mais c’était la première fois pour moi.
J’insiste, l’expérience de l’apprentissage lorsque je suis « perché » —du moins dans une certaine mesure—, se poursuit une fois de retour « en bas ». L’appréciation de la nourriture est amplifiée ; des goûts et des arômes émergent auxquels d’ordinaire, pour une raison que j’ignore, nous semblons trop occupés pour prêter attention. Je suis à même de concentrer toute mon attention sur cette sensation. Une pomme de terre va avoir une texture, une forme, et un goût comme celles des autres pommes de terre, mais en bien plus intense.
Le cannabis amplifie également l’appréciation pour le sexe – d’une part cela procure une sensibilité exquise, mais d’autre part cela retarde l’orgasme : en partie en me distrayant de par la profusion d’images qui défilent devant mes yeux. La durée de l’orgasme à proprement parler semble se prolonger grandement, mais c’est sans doute dû à l’expérience habituelle de dilatation temporelle qui caractérise l’inhalation du cannabis.

Je ne me considère pas comme une personne religieuse au sens classique, mais il y a un aspect religieux à certaines « perches ». La sensibilité accrue dans tous les domaines me donne un sentiment de communion avec ce qui m’entoure, animé et inanimé. Parfois, une sorte de perception existentielle de l’absurde m’envahit et je perçois avec une abominable certitude les hypocrisies et les postures qui sont les miennes et celles de mes semblables. Et à d’autres moments, il y a un sens de l’absurde différent, un mode de conscience à la fois facétieux et fantaisiste. Ces deux sens de l’absurde peuvent être communiqués, et certaines de mes meilleures « perches » l’ont été en partageant des discussions, des perceptions, et de l’humour.

Le cannabis nous apporte une conscience contre laquelle nous sommes form(at)és —nos vies durant— à négliger, oublier et nous sortir de l’esprits. Une certaine lucidité quant à la vraie nature du monde peut s’avérer affolante ; le cannabis m’a donné un certain sens de ce en quoi consiste la folie, et comment nous utilisons ce mot « fou » pour éviter de penser à des choses qui nous apparaissent trop douloureuses. En Union Soviétique, les dissidents sont systématiquement placés dans des asiles psychiatriques. Le même type de phénomène, de façon sans doute un peu plus subtile, se produit ici : « Avez-vous entendu ce que Lenny Bruce [comédien américain controversé de l’époque] a dit hier ? Il doit être fou. » Lorsque je plane avec le cannabis, j’ai découvert qu’il y a quelqu’un à l’intérieur de ces personnes que l’on appelle folles.

Lorsque je plane, je peux explorer le passé, me remémorer des souvenirs d’enfance, des amis, des proches, des jouets, des odeurs, des sons, et des goûts d’une époque révolue. Je peux reconstruire des événements réels de l’enfance seulement à moitié compris au moment des faits. Beaucoup de mes « trips » cannabiques ont à mes yeux une valeur symbolique significative que je n’essaierai pas de décrire ici, une sorte de mandala en haut (« high ») relief. Les libres associations rendues possibles à travers le prisme de ce mandala, à la fois visuellement et sous forme de jeux de mots, produisent une palette très riche d’observations éclairées.

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Il existe un mythe au sujet de ce type de trip : l’utilisateur a l’illusion d’une grandeur d’esprit, mais qui ne survit pas à l’examen approfondit du lendemain matin. Je suis convaincu que c’est une erreur, et que les éclairs de lucidité expérimentés au cours d’un trip sont authentiques ; le problème majeur étant de formuler ces observations de façon à ce que le soi (égo?) du lendemain -pour le moins différent- soit en mesure de les accepter. Certains des travaux les plus difficiles qu’il m’eut été donné d’accomplir consistaient à capter ces réflexions sur cassette ou par écrit. Le problème étant que 10 idées ou images encore plus intéressantes doivent être sacrifiées dans l’effort d’en enregistrer une. Il est facile de comprendre en quoi quelqu’un puisse considérer que c’est une perte de temps que de se donner autant de mal pour consigner cette pensée, une sorte d’intrusion de l’éthique protestante.

Mais puisque je passe ma vie essentiellement « down », je fais cet effort – avec succès, je pense. Au passage, je constate que les idées raisonnablement éclairées peuvent être ravivées le jour suivant, mais uniquement si un effort a été entrepris pour les enregistrer d’une autre façon. Si je mets par écrit cette vision ou que j’en fais part à quelqu’un, dans ce cas, je suis capable de m’en souvenir avec aucune autre espèce d’assistance le matin qui suit ; mais si je me contente de me dire que je dois faire un effort pour m’en souvenir, jamais je n’y parviens.

Je constate également que la plupart des idées que j’observe lorsque je plane sont de nature sociétale, un domaine de créativité intellectuelle très différent de celui pour lequel je suis généralement connu. Je peux me souvenir d’un épisode, prenant une douche avec ma femme alors que je planais, au cours duquel j’eu une idée sur les origines et les invalidités du racisme sous forme de courbes de distribution (statistiques) Gaussiennes. C’était un argument évident d’une certaine façon, mais rarement discuté. Je dessinai les courbes au savon sur le mur de la douche, et alla coucher cette idée sur du papier. Et au fil des idées, et après environ une heure de travail acharné, je me rendis compte que j’avais écrit onze courts exposés sur une grande variété de sujets sociétaux, politiques, philosophiques et eu égard à la biologie humaine. Par manque d’espace, je ne rentrerai pas dans les détails de ces exposés, mais si je m’en tiens aux réactions de mon entourage, telles que les réactions du public et un commentaire d’expert, il semble qu’ils contiennent des réflexions valides. Je les ai utilisés lors de discours de remise de diplômes universitaires, de conférences publiques, et dans mes livres.

Mais laissez-moi au moins essayer de vous transmettre la saveur d’une telle réflexion et de ce qui l’accompagne. Une nuit, sous influence cannabique, j’explorais mon enfance par soucis d’autoanalyse, et je fis ce qui m’apparut comme étant de très bonnes avancées. Je fis ensuite une pause et contemplai à quel point il était extraordinaire que Sigmund Freud, sans aucune assistance des drogues, avait été en mesure d’accomplir sa propre autoanalyse (sic.), de façon aussi remarquable. Mais je me souvins ensuite soudainement que c’était faux, que Freud avait passé les dix années avant son “auto-psy” à expérimenter et à faire l’apologie de la cocaïne ; et il m’apparut de façon évidente que les observations psychologiques authentiques dont Freud avait accouché étaient au moins en partie dues à son expérience de la drogue. Je ne sais pas du tout si c’est effectivement le cas, ou si les historiens de Freud approuveraient cette interprétation, ou bien même si une telle idée a déjà été émise par le passé, mais c’est une hypothèse intéressante et une de celles qui restent valides après le premier test une fois redescendu dans le monde d’en bas.

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Je peux me souvenir de la nuit ou j’ai soudainement réalisé ce que c’était d’être fou, ou des nuits lors desquelles mes sentiments et mes perceptions étaient de nature religieuse. J’avais parfaitement conscience que ces sentiments et ces perceptions, rédigés avec désinvolture, ne résisteraient pas à l’analyse critique dont je fais preuve habituellement en ma qualité de scientifique. Si je trouve le lendemain matin un message que je me suis adressé la nuit d’avant m’informant qu’il existe un monde autour de nous que nous ressentons à peine, ou que nous pouvons devenir un avec l’univers, ou encore que certains politiciens sont des hommes profondément effrayés, j’aurais tendance à ne pas trop y croire ; mais quand je plane je suis conscient de cette incrédulité. Et je me retrouve donc avec une cassette sur laquelle je m’exhorte à prendre sérieusement de telles remarques.

Je dis « Ecoute-moi bien espèce de fils de chien du matin ! Tout ça c’est vrai ! » Je m’efforce de démontrer que mon esprit fonctionne clairement ; je me souviens du nom d’une vieille connaissance du lycée à laquelle je n’ai pas pensé depuis trente ans ; je décris la couleur, la typographie, et le format d’un livre dans une autre pièce et ces souvenirs passent effectivement le test de l’examen du lendemain matin. Je suis convaincu qu’il y a des niveaux de perception authentiques et valides, accessibles grâce au cannabis (et probablement grâce à d’autres drogues), qui ne nous sont —du fait d’une société et d’un système éducatif défectueux— pas accessibles sans ces mêmes drogues. Une telle remarque s’applique non seulement à l’exploration de soi et aux activités intellectuelles, mais également aux perceptions de gens réels de par une sensibilité grandement accrue aux expressions du visage, aux intonations, et au choix des mots qui engendrent parfois un rapport si intime que c’est comme si deux personnes pouvaient lire dans les pensées l’une de l’autre.

Le cannabis permet aux non-musiciens de mieux comprendre ce que c’est d’en être un, et aux non-artistes de mieux saisir les joies que procurent l’art. Mais je ne suis ni un artiste ni un musicien. Quid de mes travaux scientifiques ? Alors que j’admets un certain désintérêt pour mes propres interrogations professionnelles lorsque je plane —les aventures intellectuelles les plus attrayantes semblent toujours se trouver dans un autre domaine— je me suis toutefois promis de réfléchir à quelques problématiques actuelles particulièrement difficiles dans mon domaine lorsque je plane. Cela fonctionne, du moins dans une certaine mesure. Je constate que je suis à même, par exemple, d’opérer entre eux une variété de faits expérimentaux pertinents qui semblent a priori incompatibles. Rien à redire pour l’instant. En tout cas la mémoire fonctionne. En suite, en essayant de concevoir une manière de réconcilier ces faits disparates, je fus en mesure de concevoir une possibilité très bizarre, une dont je suis sûr qu’il m’aurait été impossible d’envisager si j’avais été « lucide ». J’ai écrit un papier qui mentionne cette idée en passant. Je pense que sa véracité est très improbable, mais elle a des conséquences qui sont quant à elles vérifiables expérimentalement, ce qui constitue la marque d’une théorie acceptable.

J’ai déjà évoqué que lors d’une expérience cannabique, il y a une part de votre esprit qui reste un observateur impassible, qui est en mesure de vous faire redescendre prestement en cas de besoin. J’ai déjà été à plusieurs occasions contraint de conduire à travers une circulation [routière] dense alors que je planais. Ce que j’ai négocié sans difficulté aucune, bien que mon attention se soit également portée sur les merveilleuses couleurs rouge-cerise des feux de signalisation. Je constate qu’après la conduite, je ne plane plus du tout. Il n’y a plus de flash à l’intérieur de mes paupières. Si vous planez et que votre enfant vous réclame, vous pouvez y répondre de façon toute aussi apte que d’habitude. Je ne préconise pas de conduire sous l’influence du cannabis, mais je peux vous assurer de ma propre expérience que c’est certainement possible. Mon ivresse cannabique est toujours propice à la réflexion, la quiétude ; intellectuellement exaltante et conviviale, à la différence de la plupart des ivresses éthyliques ; et il n’y a jamais aucune gueule de bois. Au fil des années, je remarque que des doses de cannabis légèrement plus faibles suffisent à produire le même degré d’altération perceptuelle et, dans un cinéma récemment, j’ai découvert que je pouvais planer simplement en inhalant la fumée de cannabis qui se rependait dans la salle.

Il y a un aspect très intéressant du cannabis qui permet l’auto-titrage. Chaque bouffée est une toute petite dose ; le laps de temps entre l’inhalation d’une bouffée et le ressenti des effets est court ; et il n’y a aucun goût de revenez-y une fois que les effets se font ressentir. Je pense que le ratio, R, du temps nécessaire pour ressentir la dose prise au temps nécessaire pour prendre une dose excessive constitue une quantité importante. R est très long pour le LSD (avec lequel je n’ai jamais expérimenté) et raisonnablement court pour le cannabis. Les faibles valeurs de R devraient être prises en compte lorsque l’on souhaite évaluer le niveau de sûreté des substances psychédéliques. Quand le cannabis sera légalisé, j’espère voir ce ratio comme l’une des caractéristiques imprimées sur le paquet. J’espère que cette époque n’est pas trop distante ; l’illégalité du cannabis est scandaleuse ; une entrave à l’utilisation optimale d’une substance permettant de générer la sérénité et la sagacité, la sensibilité et l’esprit de camaraderie qui font si cruellement défaut à un monde toujours plus dingue et dangereux.

Ce compte-rendu fut rédigé en 1969 pour publication dans Marijuana Reconsidered (1971). Sagan avait 35 ans à cette époque. Il continua à recourir au cannabis pour le reste de sa vie.

Traduction: Philippe J.M. Morel